NL FR EN

Le fort

Plus puissant que la ligne Maginot en France et que la ligne Westwall en Allemagne : telle était l'image du fort d'Eben-Emael en 1939. L'armée belge construisit ce colosse entre 1932 et 1935 pour renforcer un point faible dans la défense belge face à l'Allemagne : la vallée de la Meuse à proximité de Maastricht.

Eben-Emael est un géant parmi les forts. Dix-sept bunkers de différents types sont dispersés sur une étendue de 75 Ha (150 terrains de football) et soutenus par d'autres ouvrages. Puissance de feu : 2100 kg par minute. Les bunkers sont disposés comme un cuirassé : sur le dessus de la superstructure, l'artillerie à longue portée, plus bas sur les pourtours, des bunkers de défense rapprochée et des obstacles complémentaires. Des défenses naturelles impressionnantes renforcent encore le fort de forme triangulaire : à l'est le Canal Albert coupe la colline à une profondeur de 60 mètres, à l'ouest un fossé aquatique et au sud un fossé antichars. Dans la montagne de tuffeau, une caserne souterraine a été construite à 60 mètres sous le sommet : une ville souterraine pour accueillir la garnison comprenant des chambres, une cuisine, une salle des machines, des douches, des lavoirs, un hôpital, un puits, des réserves à vivres, etc. Un impressionnant réseau de galeries de 5, 5 kms relie tous ces bunkers. Une garnison de 1 198 militaires était chargée du fonctionnement du fort.

Des experts militaires de différents pays y sont venus à la fin des années 1930 et ont déclaré que c'était un des plus puissants forts d'Europe. Un seul mot pour le décrire : imprenable !

Après la guerre franco-allemande de 1870-1871, les tensions restèrent vives entre les deux grandes puissances européennes ; les frontières communes entre la France et l'Allemagne furent jalonnées de toute une série de nouveaux forts. Cela rendit encore plus plausible une invasion de la Belgique lors d'un nouveau conflit entre la France et l'Allemagne.

Depuis plusieurs siècles, notre territoire était décrit comme « le boulevard Paris-Berlin » expliquant par là le caractère géographique favorable à toute progression militaire. En d'autres mots, le chemin le plus facile de Paris à Berlin passait par la Belgique.

Entretemps, le commandement de l'Armée belge et le gouvernement belge ne restèrent pas inactifs. La place forte d'Anvers fut modernisée et étendue. De même, il fut décidé de construire des ceintures de forts autour des villes stratégiques de Namur et de Liège. Cela conduisit concrètement dans les années 1888-1892 à la construction de 12 forts autour de Liège sous la direction du célèbre officier du Génie, Henri-Alexis Brialmont. Le terrain entre Visé et la frontière néerlandaise n'était en réalité pas bien défendu par ces 12 forts liégeois, ce que le Général Brialmont décrivait comme le « trou de Visé ». Malgré l'avis de Brialmont d'y construire également un fort, on ne le réalisa pas. Cela apparut comme une grave erreur car lors de l'attaque allemande en août 1914, l'aile droite de l'armée allemande entra en Belgique justement par le « trou de Visé »...

En 1926, une commission militaire spéciale fut créée qui devait examiner si une modernisation des forts liégeois était indiquée ou non. En même temps, il fut décidé également de construire un nouveau fort à proximité d'Eben-Emael pour éliminer le point faible apparu en 1914. L'objectif poursuivi : couvrir les ponts sur la Meuse (et plus tard sur le Canal Albert) dans les environs de Maastricht et Visé. Cela devait empêcher qu'une armée d'invasion allemande n'emprunte les axes routiers qui donnaient accès au plateau Hesbignon, terrain d'approche idéal menant au coeur de la Belgique et vers Paris. Il y allait d'un territoire d'importance stratégique car il s'agissait justement d'un des deux itinéraires possibles d'invasion allemande pressentis par le commandement de l'Armée belge.

A partir de 1930, débuta l'acquisition des terrains et en 1932, le premier coup de pelle. Sept entreprises belges furent mobilisées pour les travaux de construction. La soi-disante construction du fort par des firmes allemandes est une légende et a été probablement inspirée par les travaux réalisés à l'époque par des firmes étrangères pour la construction du canal Albert tout proche. En fin 1935, le gros œuvre du fort était déjà réalisé; après quoi, les travaux de finition et les travaux d'adaptation se poursuivirent jusqu'au 10 mai 1940. Le coût de construction en 1936 s'élevait à 50 millions de BEF d'alors. Le fort a été creusé dans une colline de tuffeau en appliquant les procédés mis en oeuvre dans les exploitations minières.

En gros, le plan du fort se présente comme un triangle de 750 m de base et de 950 m de hauteur. La superficie totale du domaine militaire du fort s'élevait à 75 ha soit l'équivalent de 150 terrains de football. Ainsi, le fort d'Eben-Emael est le plus grand fort de Belgique et une des plus grandes fortifications d'Europe. Sur le côté Est du fort, le canal Albert sectionne la colline de tuffeau en faisant apparaître des parois quasi verticales de 60 m (la tranchée de Caster). Au pied de ces parois verticales, coule le canal Albert et un peu plus loin la Meuse. En d'autres termes : une puissante défense naturelle pour arrêter une attaque terrestre venant d'Allemagne. Du côté Nord-Ouest, cette défense terrestre avait été complétée par un fossé aquatique dont les terrains contigus pouvaient également être inondés par le Geer. Sur le côté Sud, un fossé sec antichar avait été creusé. Cette défense terrestre avait encore été complétée de réseaux de barbelés de 6 m de profondeur et d'obstacles antichars.

Le fort est construit sur 3 niveaux. Au niveau 0, on rencontre sur le pourtour du fort les bunkers de défense appelés blocs. Equipés des canons antichars modernes de 60 mm, de mitrailleuses lourdes, de projecteurs et de cloche de guet, ils devaient assurer la défense rapprochée du fort. A ce même niveau, on trouve aussi la caserne souterraine. Au niveau 1 (environ 20 m plus haut), se trouve le poste de commandement, les soutes à munitions, la salle des filtres et le réseau de galeries conduisant aux ouvrages de combat. Au niveau 2 (encore 25 m plus haut), sur la superstructure étendue du fort, on y trouvait les différents ouvrages d'artillerie à longue portée à savoir les casemates et les coupoles. En outre, deux bunkers pour mitrailleuses (appelés Mi Nord et Mi Sud) devaient défendre cette vaste superstructure (le toit du fort) ainsi que 4 mitrailleuses installées dans des épaulements à ciel ouvert devaient repousser toute attaque aérienne.

L'armement du fort était réparti en 2 batteries. La 1ère batterie comprenait les ouvrages d'artillerie à longue portée, la seconde comprenait les bunkers de défense rapprochée.La 1ère batterie comportait :

  • 1 coupole de 2 canons de 120 mm (portée maximale de 17,5 km)

  • 2 coupoles de 2 canons de 75 mm (portée maximale de 10,1 km)

  • 4 casemates de 3 canons de 75 mm (portée maximale de 11 km)

La 2ème batterie comportait :

  • 8 bunkers de défense rapprochée (blocs) sur le pourtour du fort pourvus au total de 12 canons antichars de 60 mm (portée maximale de 3 km), de 19 affûts réversibles pour 2 mitrailleuses lourdes Maxim et de 13 projecteurs.
  • 2 bunkers pour mitrailleuses sur la superstructure du fort équipés au total de 6 affûts réversibles pour 2 mitrailleuses lourdes Maxim et de 5 projecteurs.

La puissance de feu maximale du fort (lorsque tous les canons tirent en même temps), permettait d'envoyer une salve de 2100 kg de projectiles en 1 minute.

L'artillerie à longue portée était répartie entre les casemates et les coupoles. Ces ouvrages d'artillerie étaient équipés de canons à cadence rapide qui pouvaient battre en un minimum de temps et par une grande quantité de projectiles un terrain prédéterminé comme par exemple les chemins d'invasion. Deux casemates étaient orientées vers le Nord (appelées Maastricht I et Maastricht II), deux autres casemates vers le Sud (appelées Visé I et Visé II). Les 2 petites coupoles de 75mm (Coupole Nord et Coupole Sud) permettaient un tir efficace tous azimuts. Enfin, la grande coupole de 120 mm (Coupole 120) devait harceler les convois ennemis à longue distance et devait contrebattre l'artillerie ennemie.

En complément, le fort disposait de :

  • 3 fausses coupoles pour leurrer l'ennemi dont 2 sur la superstructure et 1 plus éloignée sur le glacis.
  • 2 bunkers (PL19 et Abri O) isolés occupés par la garnison du fort et équipés au total d'un canon antichar de 47 mm, de 4 mitrailleuses et projecteurs.

Pour l'observation, le fort pouvait compter sur :

  • 3 grandes cloches sur le fort avec périscope pour l'observation des tirs d'artillerie.
  • 6 cloches de guet sur 5 bunkers de défense et sur 1 bunker pour mitrailleuses.
  • 2 cloches pour fusil-mitrailleur dans les bunker de défense de la tranchée de Caster.
  • 14 trous pour guetteur dispersés sur le fort.
  • 6 postes d'observation de campagne dans les environs du fort.

L'intérieur du fort comporte 3 niveaux :

  • Au niveau 0 : la caserne souterraine (45 m sous la surface) destinée à l'hébergement de 1 200 soldats et comprenant tout ce qui était nécessaire pour résister pendant une longue période sans aide extérieure. On y accède de plain-pied à partir de la vallée du Geer. Plus de 40 locaux (cuisines, douches, hôpital, chambrées, mess, infirmerie, morgue…) y sont à nouveau aménagés et donnent une image de la vie de la garnison sur pied de paix et sur pied de guerre.
  • Au niveau 1 : l'étage intermédiaire (environ 25 m sous la surface) comprenait les soutes à munitions, le poste de commandement, les bureaux de tir, les salles des filtres, les prises d'air et environ 5,5 km de galeries qui donnaient accès à tous les ouvrages de combat du fort.
  • Au niveau 2 : depuis l'étage intermédiaire, différents puits de 18 à 25 m de haut conduisent à différents ouvrages de combat (bunkers pour mitrailleuses, bunkers de défense, casemates ou coupoles d'artillerie) dispersés sur le toit du fort.

Avec 8 forts modernisés parmi les 12 anciens forts liégeois et avec les 3 nouveaux forts (Battice, Tancrémont et Aubin-Neufchateau), le fort d'Eben-Emael formait en 1940 une partie de la position fortifiée de Liège. Le fort d'Eben-Emael devait donc aider à défendre la position Meuse – Canal Albert. Sur les rives Ouest de ces 2 cours d'eau, une ligne de bunkers complétée par des ouvrages de campagne avait été construite. Ceux-ci étaient occupés le 10 mai 1940 dans les environs du fort par la 7ème Division d'Infanterie. De plus, pas moins de 90 pièces d'artillerie de campagne, dispersées dans les environs proches, étaient pointées sur les ponts de la Meuse et du Canal Albert. Les unités appuyées par le fort, devaient selon le Commandement de l'Armée belge suffire à stopper l'invasion de l'armée allemande. Par sa défense naturelle solide et son armement moderne, le fort d'Eben-Emael passait déjà pour être un des forts les plus puissants d'Europe et pour être imprenable.


Heures d'ouverture
Visites en groupe

Quasiment tous les jours, sur réservation écrite. Plus d'information sur les visites en groupe.


Visites individuelles

Ces visites sont organisées pour des visiteurs individuels. Pour ces visites vous ne devez pas réserver, vous devez simplement venir au fort.

Aujourd'hui: aucune visite individuelle possible

Prochaine possibilité: samedi 25 novembre 2017, continue de 10h jusqu'à 16h

Consultez tous les dates des visites individuelles sur le calendrier.